Acide hyaluronique et arthrose : des produits plus efficaces que d’autres ?

Chacun d’entre vous le sait, dans l’état actuel de nos connaissances, l’arthrose ne se guérit pas, les traitements existants étant essentiellement symptomatiques. Il existe différentes classes de médicaments permettant de traiter les douleurs d’origines arthrosiques ; citons les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) ou les infiltrations de corticoïdes, mais ces solutions comportent des effets secondaires importants lorsqu’elles sont prescrites sur le long terme. C’est la raison pour laquelle, les injections d’acide hyaluronique constituent une solution pérenne sans contre-indication majeure pour les personnes dont l’arthrose est à un stade débutant ou modéré. Dans les cas d’arthrose sévère avec une forte altération cartilagineuse, les résultats sont moins probants. Ceci étant, différents acides hyaluroniques comportant des propriétés spécifiques cohabitent sur le marché. Nous avons souhaité savoir si l’ensemble de ces produits faisait preuve de la même efficacité ? Une grande disparité de prix existe, les produits les plus onéreux sont-ils les meilleurs ? arthrose.fr a enquêté pour vous afin de faire toute la lumière. En route pour un voyage au coeur de nos articulations…

Qu’est ce que l’acide hyaluronique ?

L’acide hyaluronique est un composant physiologique du corps humain, présent dans le cartilage, la synoviale et le liquide synovial.
Lorsque l’arthrose s’installe, le poids moléculaire ainsi que la qualité de l’acide hyaluronique, naturellement présent au sein de l’articulation, diminuent, raison pour laquelle les rhumatologues proposent des injections de visco-supplémentation intra-articulaire. Derrière une dénomination quelque peu complexe se cache en fait un apport complémentaire d’acide hyaluronique permettant une meilleure lubrification de l’articulation ; il s’agit donc d’une action « mécanique ».

Méthodes de fabrication de l’acide hyaluronique (AH)

L’acide hyaluronique est essentiellement produit de façon industrielle mais selon deux procédés distincts :
soit par extraction de crêtes de coq à l’issue d’un processus de broyage, traitement chimique et purification,
soit par un procédé de fermentation bactérienne où les filaments d’acide hyaluronique sont synthétisés par des bactéries.
On observe cependant que les différentes techniques utilisées pour la fabrication de l’acide hyaluronique semblent ne pas avoir d’incidence quant à l’efficacité et la tolérance.
Le laboratoire suisse, TRB, nous a très gentiment ouvert les portes de son usine ou tourne la chaîne de production des seringues Ostenil.

Les notions de poids moléculaire et de structure

Le poids moléculaire : il est exprimé en millions de Dalton ou mD et les différents produits proposés comprennent entre 0,5 et 90 millions de mD. Outre son action « mécanique », l’acide hyaluronique injecté dans les articulations joue également un rôle pharmacologique et biologique qui participe à son effet rémanent. Ainsi l’effet bénéfique retardé et prolongé des injections d’acide hyaluronique pourrait s’expliquer, d’une part, par sa fixation sur les récepteurs spécifiques des cellules articulaires et, d’autre part, par une stimulation autocrine d’acide hyaluronique endogène de haut poids moléculaire. On parle alors de visco-induction. Ce processus pharmacologique favoriserait l’amélioration des propriétés mécaniques du liquide synovial et du cartilage, impliquant une réduction des douleurs ainsi qu’une amélioration de la mobilité articulaire.
La structure de l’acide hyaluronique : on distingue deux types de structure, la première est constituée par les hyaluronates de sodium de structure linéaire et la seconde par les acides hyaluroniques dits réticulés.
• Les hyaluronates de sodium de structure linéaire : le poids moléculaire de cette catégorie d’acide hyaluronique varie entre 0,5 et 3,2 millions de Dalton et ils sont généralement administrés sous la forme de trois injections.
• Les acides hyaluroniques réticulés : cette catégorie d’acide hyaluronique se présente sous une forme plus visqueuse, plus épaisse, dont l’action est supposément supérieure à celle des produits de la catégorie précédente, grâce à son temps de résidence plus important au coeur de l’articulation. En d’autres termes, le liquide étant plus visqueux, il circule plus longtemps dans l’articulation ce qui est censé maximiser son action de protection mécanique du cartilage. Selon le Dr Lellouche, rhumatologue à Paris, cette résidence intra-articulaire supérieure ne permet cependant pas d’établir une supériorité fonctionnelle quant aux résultats attendus. Certaines études, dites de non infériorité, ont d’ailleurs conclu à des résultats similaires entre deux produits représentatifs de chaque catégorie. En outre, la viscosité plus importante des acides hyaluroniques réticulés peut, parfois, rendre l’injection par le médecin plus délicate. Enfin, les prix moyens de ces produits demeurent très sensiblement supérieurs à ceux des hyaluronates de sodium puisque le coût d’une mono injection peut atteindre 170 euros, voir davantage, par opposition au 60 euros pour les trois injections, d’un acide hyaluronique non réticulé.

Le rôle du mannitol dans l’amélioration des performances de l’acide hyaluronique

Le temps de résidence des acides hyaluroniques linéaires au coeur de l’articulation étant plus court, les industriels ont effectué des recherches afin d’augmenter la durée pendant laquelle le produit injecté va rester au sein de l’articulation.
Certains produits, comme Ostenil Plus ou Ostenil tendon, ont donc vu s’ajouter à leur composition un nouveau composant, qui, outre un effet antalgique et anti-oedémateux, possède également des propriétés antioxydantes : le mannitol.
Lorsque votre médecin injecte de l’acide hyaluronique dans votre articulation, le produit va se détériorer assez rapidement sous l’effet conjugué des enzymes de dégradation et des radicaux libres issus du stress oxydatif. L’acide hyaluronique va donc progressivement voir ses propriétés se déliter, entraînant une perte de poids moléculaire et donc une baisse d’efficacité. Le procédé de réticulation constitue un moyen de lutter contre la dégradation enzymatique mais en ayant pour contrepartie une modification des propriétés visco-élastiques ainsi qu’une variation de l’état physique de l’acide hyaluronique devenant plus épais et donc plus difficilement injectable. Le procédé retenu par d’autres laboratoires consiste en une adjonction de mannitol hautement concentré au sein d’une préparation d’acide hyaluronique, ce qui aura pour conséquence d’augmenter le laps de temps durant lequel le produit restera dans l’articulation en empêchant ou en ralentissant sa dégradation. Selon plusieurs études, l’adjonction de mannitol à forte concentration n’entraîne aucune modification de viscosité, ce qui permet des injections plus aisées et voit la diminution du poids moléculaire rester très contenue. Le mannitol, augmentant le temps de résidence de l’acide hyaluronique dans l’articulation, implique donc une efficacité ainsi qu’une durée d’action accrues.

Des variations importantes de structure et de coûts pour une efficacité comparable

Une étude suisse indépendante de l’industrie pharmaceutique a comparé trois produits de poids moléculaire différents sur une durée de six mois. La conclusion de l’étude mettait en exergue une efficacité similaire entre les produits étudiés. Cette étude fut ensuite intégrée au sein d’une méta-analyse dont les conclusions furent identiques quant à l’efficacité similaire des solutions injectables.

Conclusions :

Si les différents produits appartenant à la classe des acides hyaluroniques injectables diffèrent par leur poids moléculaire, leur structure et bien sûr par leur coût, les différentes études de non infériorité ne permettent pas de mettre en évidence une quelconque supériorité d’un produit par rapport à l’autre.
Plébiscitées par les patients pour leur efficacité sur le traitement de la douleur et l’amélioration de la fonctionnalité articulaire, les injections d’acide hyaluronique sont néanmoins déremboursées depuis 2017.
Après s’être entretenu avec différents rhumatologues, il en ressort qu’il n’est pas envisageable de citer un produit ou une marque comme ayant une supériorité établie.
Les habitudes d’utilisation des médecins sont liées à des raisons pratiques ou historiques, et plus fréquemment encore, parce qu’ils sont satisfaits des résultats obtenus avec les produits qu’ils ont l’habitude d’utiliser.

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