Anti-NGF, une piste anti-douleur qui s’éloigne…

Nous avions évoqué à plusieurs reprises les anti-NGF (Nerve Growth Factor), ces anticorps monoclonaux à l’effet antalgique majeur, dont le rôle consiste à bloquer la transmission de la douleur. Bien qu’accompagné dans une première phase d’arthropathie destructrice majeure, ce qui en limitait l’application, les essais avaient repris via une forme sous-cutanée avec des doses moindres.
Si le développement de ces biothérapies cristallisait de nombreux espoirs dans le traitement de la douleur, nombreux étaient les rhumatologues à espérer une prochaine mise sur le marché afin de pouvoir proposer une solution anti-douleurs efficace à leurs patients.
Hélas, selon les résultats des dernières études menées, il semblerait que l’apparition d’évènements indésirables graves et inattendus vienne mettre à mal les espoirs placés dans ces biothérapies. Nous vous en expliquons les raisons…

Mise en place d’un plan de réduction des risques

Les résultats de la première étude publiée dans le New England, Journal of Médecine (NEJM) en 2010, mettaient en exergue des résultats assez spectaculaires autour du traitement de la douleur arthrosique. Mais très rapidement, des patients traités avec des anti-NGF ont développé des formes d’arthrose à progression rapide en relation directe avec ce traitement.
Suite à ces effets secondaires graves, les autorités américaines (Food and Drug administration ou FDA) ont immédiatement demandé la cessation des études en cours tout en étudiant un plan de réduction des risques qui leur avait été présenté par les laboratoires réalisant ces tests. Ce plan proposait une diminution de la posologie d’anti-NGF auxquels les effets secondaires étaient directement liés, ainsi qu’une recommandation visant à ne pas prescrire simultanément d’AINS (anti-inflammatoires non stéroïdiens). La prescription d‘anti-NGF était également contre-indiquée aux patients présentant en imagerie radiologique des signes de nécrose ou d’anomalie osseuse telle qu’une fracture…
Toutes les conditions étaient ainsi réunies afin que les autorités américaines donnent leur aval à la reprise des essais. Ce sont donc pas moins de trois études de phase 3 portant sur environ 3 000 patients atteints de gonarthrose ou de coxarthrose modérées à sévères, qui ont été menées autour du Tanezumab, deux études comparées à un traitement placebo et une dernière comparée à un traitement AINS.

Un risque d’arthrose rapidement progressive ou RPOA

L’une des études randomisée versus placebo a inclus 849 patients en Europe et au Japon ayant reçu du Tanezumab à 2,5 ou 5 mg par voie sous-cutanée, ceci toutes les huit semaines durant un laps de temps de vingt quatre semaines avec un suivi de sécurité de vingt quatre semaines également.
Si les résultats mettent en avant une amélioration de la douleur et de la fonction physique des patients traités avec le Tanezumab sur les scores WOMAC, seuls ceux ayant reçu du Tanezumab 5mg ont vu une amélioration significative globale de leur arthrose par rapport au groupe placebo, au terme de la vingt quatrième semaine.
Les patients traités par Tanezumab 5 mg ont également davantage été touchés par une arthrose rapidement progressive en comparaison de ceux ayant reçu du Tanezumab 2,5 mg.
Concernant l’étude versus placebo, la survenue d’une RPOA fut plus fréquente chez les patients traités avec le Tanezumab, particulièrement lorsqu’ils avaient reçu 5 mg.
Autre fait marquant, il a été constaté que la RPOA pouvait toucher une articulation autre que celle qui avait justifié une prescription de Tanezumab.
Fortes de ces résultats, les autorités américaines ainsi que l’agence européenne de santé ont rendu un avis négatif sur ce traitement estimant que la balance bénéfice-risque n’était pas favorable.
A noter : le score WOMAC évalue le ralentissement fonctionnel de l’arthrose de la hanche sur la qualité de vie. Le score va de 0 pour une hanche non atteinte à 96 points pour une hanche comportant un handicap majeur. Ce score touche trois catégories : la douleur, la fonction, la raideur.

Quel avenir pour les anti-NGF ?

Le professeur Berenbaum, chef du service rhumatologie à l’hôpital Saint-Antoine à Paris, explique : «  Pour que les laboratoires proposent un nouveau plan de réduction des risques, il faudrait être en capacité de comprendre les raisons d’apparition de l’arthrose rapidement progressive, mais également de pouvoir identifier en amont les patients susceptibles de développer une RPOA ».
Si plusieurs hypothèses ont été avancées pour tenter d’expliquer le phénomène, aucune explication rationnelle n’a pu faire la démonstration de son efficacité, laissant donc la survenue d’une arthrose rapidement destructrice inexpliquée.

Sources :

https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/32234715/

https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/33538113/

Le quoditien du médecin

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