Antidépresseurs et arthrose, quelle efficacité sur la douleur ?

Lorsque les traitements analgésiques classiques tels l’ibuprofène ou le paracétamol ne produisent pas l’effet escompté sur les patients atteints d’arthrose, des antidépresseurs leur sont parfois prescrits pour traiter la douleur. Ces prescriptions devenues courantes peuvent toutefois surprendre au regard du manque de preuves scientifiques concernant leur efficacité sur les douleurs chroniques. Devons-nous voir l’antidépresseur comme un sauveur, un bienfaiteur ou un médicament prometteur mais sans réel impact sur nos douleurs ? Une équipe de chercheurs australiens a tenté de répondre à cette interrogation en évaluant l’efficacité ainsi que l’innocuité de cette classe de médicaments contre les douleurs de l’arthrose. Voici leurs conclusions…

Une étude présente des résultats en demi-teinte

Selon le Dr Giovanni Ferreira, chercheur à l’Institut de santé musculo-squelettique de l’Université de Sydney et principal auteur de l’étude, la raison ayant motivé ces travaux trouve écho dans l’augmentation des prescriptions d’antidépresseurs au niveau mondial, sans que l’on possède de certitudes sur leur efficacité pour soulager les patients arthrosiques ou souffrant du dos. Les travaux des scientifiques australiens ont porté sur un recensement de 33 essais cliniques randomisés, concernant plus de 5 000 participants souffrant de différentes douleurs, qu’elles soient d’origine lombaires ou cervicales, mais aussi dues à l’arthrose des hanches ou du genou. Aucun des patients concernés ne souffrait de dépression puisque l’étude portait sur l’état de douleur et non sur la dépression.
Plusieurs classes d’antidépresseurs ont été testées, en particulier les inhibiteurs de la recapture de la sérotonine-nodrénaline (IRSN) ainsi que les antidépresseurs tricycliques. Les chercheurs ont proposé une échelle de 1 à 100 à leurs patients afin que ces derniers puissent évaluer les effets des antidépresseurs sur la douleur. Publiés en janvier dernier dans le British Médical journal, les résultats obtenus tendent à démontrer le peu d’efficacité des antidépresseurs sur la douleur en général. Pour les patients arthrosiques les douleurs ont été très faiblement soulagées par les IRSN au terme de 3 mois, réduisant la douleur de 9,7 points sur 100 par rapport au placebo alors que la réduction n’était que de 5,3 pour les douleurs dorsales. Selon le Dr Ferreira, la légère amélioration constatée sur les douleurs dues à l’arthrose pourrait cependant être perçue comme un résultat intéressant par les patients.

Des effets secondaires indésirables

Bien au-delà du manque d’efficacité constaté des antidépresseurs sur la douleur, les chercheurs s’inquiètent des effets secondaires indésirables ayant été ressentis par deux tiers des participants ayant reçu des IRSN. Le Dr Ferreira précise à ce sujet : «  ce qui est préoccupant, c’est que certains antidépresseurs augmentent considérablement le risque qu’une personne éprouve des effets indésirables. De nombreux patients sont traités avec ces médicaments qui peuvent ne pas les soulager mais de surcroît leur faire du mal ».

Malgré ce constat, les chercheurs avertissent les patients prenant des antidépresseurs pour soulager leur douleur, qu’il n’est pas souhaitable de stopper brutalement le traitement sous peine de subir des effets secondaires pénibles. Ainsi le Dr Andrew McLachlan, co-auteur de l’étude, déclare : « Un arrêt brutal risque de conduire à des effets de sevrage qui peuvent-être pénibles et parfois présenter de graves problèmes de santé. Ces effets prennent la forme d’étourdissements, de nausées, d’agitation, d’anxiété, de tremblements, de transpiration, de confusion et de troubles du sommeil ».

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