Arthrose et alcool font-ils bon ménage ?

De la dégustation d’un grand vin dans un verre en crystal étincelant au trou normand revigorant, du parfum odorant d’un vieux rhum millésimé au plaisir glacé d’une vodka, l’alcool accompagne les instants précieux de notre vie, symbole de partage en famille ou entre amis, de détente au coin du feu ou de dîners amoureux une coupe de champagne au bord des lèvres.
Oui mais voilà, le plaisir dégluti un verre à la main prodiguera-t-il un effet bénéfique sur vos douleurs ou devrez-vous renoncer à la tentation irrésistible de la robe blonde ou brune d’une bière moussante ?
Les différents types d’alcool sont-ils sur un pied d’égalité ? Le vin, la bière ou les alcools forts ont-ils les mêmes effets sur nos rhumatismes ?
Nous avons tenté d’apporter des réponses à cette question cruciale relative aux effets de la consommation d’alcool sur nos douleurs articulaires. Suivez-nous avant de soulever votre verre et d’humidifier vos papilles…

Consommateurs de bière ou de vin, pas le même destin

Des soupçons sur la bière

Si nul n’ignore que de nombreuses boissons alcoolisées favorisent la prise de poids et que le surpoids ou l’obésité augmentent les risques d’apparition d’arthrose, que savons-nous précisément de l’influence de la consommation d’alcool sur l’arthrose ?

Une étude, réalisée par des chercheurs britanniques, a porté sur un premier groupe de plus de 1 000 patients, âgés de 45 à 86 ans et souffrant tous d’une arthrose sévère à la hanche et/ou au genou, et d’un second groupe équivalent en nombre, dont les radiographies ont certifié qu’ils ne souffraient pas d’arthrose.

En tenant compte des facteurs de risque avérés pour chaque profil de patient, les observations réalisées par les scientifiques révèlent des résultats surprenants.
En effet, les personnes âgées de 21 à 50 ans, consommant de 8 à 19 verres de bière de 25 cl par semaine ont un risque accru de souffrir de gonarthrose ou de coxarthrose par rapport à un non buveur, ce risque fluctuant fortement selon les personnes entre +4% et +115%.
Au-delà d’une consommation de 20 verres par semaine, le risque augmente de façon exponentielle puisqu’on relève un risque variant entre +45% et +219%.

Plaisir divin et bienfaits supposés du vin

Toutes les boissons contenant de l’alcool seraient-elles donc à l’origine d’une augmentation des risques de développer une pathologie arthrosique ?
Bien au contraire, si l’on en croit la seconde conclusion de cette même étude, puisque pour une consommation comprise entre 4 et 6 verres par semaine, non pas de bière, mais de vin, les personnes concernées verraient leur risque d’arthrose du genou réduit de moitié par rapport aux personnes ne consommant pas d’alcool. Par contre pour ce qui concerne la coxarthrose ou arthrose de la hanche, l’influence du vin s’est révélée peu significative.

Les résultats de cette étude cas-témoins mettent en exergue le soupçon lié à la consommation de bière dans l’apparition de l’arthrose. La question est posée, mais l’étude ne prouve rien.
L’hypothèse avancée par les chercheurs porte sur l’augmentation du taux d’acide urique dans le sang chez les consommateurs de bière, ce qui favoriserait l’apparition de l’arthrose.

Retenons que s’il est bien sûr possible de souffrir de gonarthrose ou de coxarthrose sans être consommateur de bière, les personnes en consommant dans des proportions immodérées, ayant un amour irréfréné des belles blondes ou des belles brunes, connaîtront un risque plus élevé de développer une de ces deux formes d’arthrose.
A contrario, les amateurs du nectar viticole allant des grands crus bourguignons ou bordelais au vin de table quotidien pourront sans doute boire un verre de vin chaque jour avec raison…

La bière favoriserait les crises de goutte

Même si les crises de goutte relève de l’arthrite et non pas de l’arthrose, il nous a paru intéressant de faire un point sur cette pathologie répandue et douloureuse, afin d’étudier la corrélation éventuelle entre consommation d’alcool et apparition des crises de goutte.

Pour ce faire, nous nous sommes basés sur une étude américaine de grande ampleur menée au Massachusetts. Cette étude, portant sur rien de moins que 47 000 personnes, a été réalisée sur un laps de temps s’étalant sur 12 ans et a vu 730 participants contractés la maladie pendant la durée de l’étude.

Qu’a démontré cette étude ?

Outre la mise en exergue du constat que l’alcool, au sens large, augmenterait le risque de souffrir de la goutte, les scientifiques sont parvenus à établir un distinguo entre les différents types d’alcool. Les effets de trois types de boissons alcoolisées ont pu être analysés.
Comme relevé dans l’étude britannique décrite précédemment, la consommation de bière, établie à un niveau supérieur à deux verres par jour, doublerait le risque de crise de goutte en comparaison d’une personne ne consommant aucun alcool.
Les spiritueux ou alcools forts augmenteraient également le risque de développer cette pathologie, mais dans une moindre mesure, avec un coefficient multiplicateur de 1,6 toujours en comparaison de non buveurs.
Le vin, quant à lui, consommé dans des proportions modérées, ne semble pas avoir d’influence négative sur l’augmentation du taux d’acide urique.

Le rôle joué par la bière dans les crises de gouttes

Maladie inflammatoire des articulations, causée par une trop grande quantité d’acide urique dans le sang, ce sont en fait des cristaux de cet acide urique qui se déposent sur les articulations, créant ainsi une réaction inflammatoire très douloureuse.
L’acide urique est en fait le produit de la transformation des purines, substances que l’on retrouve dans des aliments comme la viande rouge, le gibier, les abats… or la bière contient une forte quantité de purines qui favorisent l’élévation du taux d’acide urique lors de sa consommation.
Dès lors peut-on dire avec malice qu’il vaut mieux éviter de boire la première goutte de bière ou que la bière est première pour la goutte ?

Nuançons ces propos en précisant que les crises de goutte ne surviennent pas uniquement à cause de la consommation de bière, généralement, c’est la combinaison de différents facteurs alimentaires, environnementaux et génétiques qui favorise l’apparition de la maladie. N’en demeure pas moins que la consommation d’alcool, et donc de bière en particulier, participe activement au développement des crises de goutte.

L’alcool pourrait avoir des bienfaits sur certaines maladies articulaires

Consommée avec modération, l’alcool pourrait jouer un rôle de protection contre certaines maladies articulaires. C’est ce qui ressort d’une étude menée par des chercheurs néerlandais qui ont comparé la consommation d’alcool de deux groupes de patients, l’un constitué de personnes sans pathologie particulière, l’autre présentant des patients souffrant de diverses maladies articulaires graves (polyarthrite rhumatoïde, spondylarthrite ankylosante… ).
Les résultats de ces recherches mettent en évidence une plus forte consommation d’alcool chez les personnes dénuées de ces maladies. En outre, les personnes souffrantes ayant consommé des boissons alcoolisées ont vu diminuer leur activité inflammatoire.

Si cette observation peut constituer un argument favorable à la consommation raisonnée d’alcool, ces résultats doivent-être considérés avec toute l’attention et le recul nécessaire, une consommation excessive étant à l’origine de nombreux problèmes médicaux et sociaux.

Nous rappelons que l’abus d’alcool est dangereux pour la santé et qu’il ne doit pas être associé à la prise de certains médicaments.

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