Arthrose : les enjeux de la recherche

Bien que nous utilisions communément le terme arthrose pour nous exprimer au regard de ce syndrome destructeur et inflammatoire, les chercheurs parlent désormais, pour leur part, des arthroses. Pour quelle raison ? Parce qu’ils distinguent les différents facteurs de risque susceptibles d’être liés à l’apparition de l’arthrose. Ainsi devrions-nous préciser l’arthrose liée à l’âge, au surpoids ou à une maladie de l’articulation.
En ce début de 21ème siècle, malgré le chiffre impressionnant de plus de 320 millions de personnes atteintes dans le monde et des projections à l’horizon 2050 faisant état de plus de 600 millions de patients touchés, les traitements proposés sont hélas toujours symptomatiques et non curatifs.
Bien qu’il soit tentant d’imaginer que les scientifiques priorisent leurs recherches en s’orientant vers d’autres pathologies, nous pouvons vous assurer que tel n’est pas le cas. Les chercheurs cherchent vraiment et, s’ils n’ont pas encore trouvé le moyen de vaincre l’arthrose, les pistes sur lesquelles ils travaillent sont non seulement dignes d’intérêt mais également la preuve de l’existence des multiples tentatives pour parvenir à des résultats concluants. Fort de constat, il nous a paru essentiel de faire un point sur les enjeux des recherches en cours, non seulement pour vous tenir informés, ce qui constitue l’essence même du rôle que nous nous sommes fixé, mais aussi et surtout afin que vous ne perdiez pas espoir… la recherche avance et le meilleur est devant vous !

Lutter contre la dégénérescence du cartilage

Concernant le cartilage, deux options de recherche s’offrent aux scientifiques :
• soit tenter de limiter, voir de stopper la dégradation du cartilage,
• soit trouver un processus capable de réparer le cartilage lésé, voir de stimuler sa production.
Le premier axe de recherche consiste donc à déterminer quels sont les mécanismes moléculaires responsables de la dégradation cartilagineuse afin de pouvoir s’y opposer. Dans un premier temps, après avoir semble t-il déterminé le rôle joué par l’inflammation locale sur les lésions du cartilage, les chercheurs se sont penchés sur le développement de molécules anti-inflammatoires ciblant une protéine de l’organisme appelée interleukine-6. L’objectif est de réduire l’inflammation afin de prévenir le dommage articulaire.
Un autre axe de recherche consiste à stimuler la production du cartilage, ainsi évoque-t-on fréquemment un facteur de croissance répondant au doux nom de Sprifermine (FGF18), favorisant la fabrication cartilagineuse par le biais des chondrocytes, ces cellules résidentes du cartilage. L’évaluation est toujours en cours et porteuse de nombreux espoirs selon certains rhumatologues.
D’autre part, des médicaments, d’ores et déjà utilisés dans le traitement de l’ostéoporose pour leur effet sur l’os, ont été testés au regard de l’efficacité qu’ils pourraient avoir sur l’arthrose du genou. On évoque par exemple l’acide zolédronique dont de récentes études précliniques ainsi qu’une étude clinique pilote ont démontré des effets prometteurs sur la limitation de perte du cartilage liée à la gonarthrose.
Si il est encore trop tôt pour tirer des conclusions quant à ces études, les recherches demeurent alléchantes et certaines pistes semblent réellement prometteuses, telle la Sprifermine dont nombre de médecins attendent les conclusions définitives avec impatience.

Stimuler la production de cartilage grâce aux thérapies cellulaires

  • Définition de la thérapie cellulaire : en 1998, James Thomson isolait pour la première fois des cellules souches humaines embryonnaires et ouvrait la voie aux thérapies cellulaires. La thérapie cellulaire consiste à greffer des cellules dans le but de restaurer la fonction d’un tissu ou d’un organe par le biais d’une seule et unique injection de cellules thérapeuthiques. Ces cellules sont obtenues à partir de cellules souches pluripotentes, ce qui signifie qu’elles peuvent créer tout type de cellules et autologues ce qui veut dire qu’elles sont prélevées sur le patient lui-même. Source de nombreux espoirs placés en elles, les cellules souches ambitionnent avec un certain optimisme de rendre plus performante les capacités régénératrices du corps humain. Alors fantasme ou réalité ? Où les recherches en sont-elles ? Nous avons souhaité faire un point objectif de la situation.
  • Principe de la thérapie cellulaire : dans les premières heures de l’état embryonnaire, les cellules du corps humain sont indifférenciées et la division cellulaire donne naissance à des cellules pluripotentes permettant de s’adapter aux différents organes de notre corps. Le prélèvement de cellules souches permettrait donc de réparer, voir de recréer artificiellement des tissus endommagés tel le cartilage présent dans les articulations. Chez l’adulte, les cellules souches sont toujours présentes en très faible quantité notamment dans le sang, raison pour laquelle les scientifiques développent depuis plusieurs années des techniques de prélèvement et de mise en culture.
  • Les avantages apportées par les cellules souches autologues (prélevées sur le patient) peuvent être résumés en trois points essentiels :
    • Une injection unique : pas de traitement au long cours. Une seule injection de cellules leur permet de se développer par elles-mêmes.
    • Régénération du cartilage et lutte contre l’inflammation : les cellules souches vont non seulement permettre au cartilage de se régénérer, mais également de diminuer l’effet des molécules inflammatoires pour à terme lutter très efficacement contre la douleur.
    • Réduction des effets secondaires : l’utilisation de cellules prélevées directement sur le patient facilite l’intégration de ces nouvelles cellules et leur acceptation par l’organisme humain, ce qui réduit très significativement le risque d’effets secondaires par rapport à d’autres traitements.

Le point sur la situation actuelle en France

Précisons tout d’abord que la majorité des cellules souches prélevées actuellement le sont dans le tissu adipeux, c’est-à-dire les tissus stockant les graisses. C’est le cas du projet européen nommé ADIPOA coordonné par le centre universitaire hospitalier de Montpellier. Les équipes de recherches constituant le programme innovant ADIPOA tentent de valider un nouveau concept de traitement basé sur la thérapie cellulaire. Des injections de cellules souches graisseuses sont ainsi injectées au coeur de l’articulation atteinte dans le but d’activer la régénérescence du cartilage. Ces cellules possèdent de grandes capacités de sécrétion de facteurs de croissance et de stimulation des cellules souches endogènes du cartilage comme les chondrocytes. Elles seront injectées chez les patients souffrant d’une arthrose débutante.
Ce projet, coordonné par le Professeur Christian Jorgensen, fait intervenir 12 partenaires français et étrangers (hôpitaux, laboratoires, universités, entreprises privées) et l’ensemble de ces équipes regroupe plus de 200 chercheurs.
Trois étapes constituent ce programme :
• détermination du profil et du mécanisme d’action des cellules in vitro (en laboratoire,)
• validation chez l’animal atteint d’arthrose,
• validation de l’innocuité et de l’efficacité du traitement chez l’homme.
Le programme lancé en 2012 est toujours en cours d’évaluation alors que la phase 3 a été lancée fin 2020.
Créée en 2008 en Alsace, la société Cellprothera est une entreprise pionnière de la thérapie régénératrice cardiaque, secteur dans lequel elle réalise actuellement des essais cliniques. Forte de son expérience, elle vient de se lancer dans les thérapies de l’arthrose.

Fabrication d’un cartilage semi-artificiel : d’autres essais tendent à fabriquer un cartilage semi-artificiel à partir de chondrocytes autologues associés à un biomatériau. L’idée est de concevoir un matériau compatible avec notre organisme au sein duquel les chondrocytes pourront se multiplier et produire à nouveau du cartilage. Les premiers résultats obtenus chez l’animal se sont montrés très prometteurs, néanmoins la prise de greffe est plus délicate lorsque l’environnement est enflammé avec une coopération de l’os et du tissu synovial au coeur de la maladie.

Des implants en trois dimensions : un nouvel implant en trois dimensions devrait permettre de reconstituer intégralement une articulation lésée. Ce projet est mené par une start-up en s’appuyant sur les travaux d’une équipe de l’INSERM. Cet implant est composé de deux couches :
1. Une membrane nanofibreuse à base de collagène ou de polymères dotée de nanoréservoirs et de facteurs de croissance osseux afin de favoriser la réparation de l’os.
2. Une seconde couche composée d’hydrogel contenant de l’acide hyaluronique ainsi que des cellules souches dérivées de la moelle osseuse du patient pour la régénération du cartilage.

Des résultats à quelle échéance ?

Si, comme nous le disions précédemment, les thérapies cellulaires ont fait naître de réels espoirs associés à des promesses alléchantes, force est de reconnaître qu’elle sont encore loin de satisfaire nos attentes. Si de multiples études sont en cours, elles n’ont pour le moment débouché sur aucun traitement significatif à l’efficacité prouvée. Mais pour quelles raisons ? Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette déficience de résultats :

  • L’arthrose touchant plusieurs tissus rend les choses complexes.
  • Les études menées souffrent d’un manque de moyens et les effectifs de participants sont certainement trop limités.
  • L’arthrose demeurera le parent pauvre si elle ne devient pas plus visible dans le débat de santé publique. La voix des patients arthrosiques doit être portée au plus haut niveau de l’état par les élus et les associations.
  • La cause de l’arthrose doit être médiatisée et c’est précisément sur ce terrain que arthrose.fr souhaite agir en offrant de la visibilité à l’arthrose via des évènements sportifs médiatiques et autres manifestations culturelles.

Quoi qu’il en soit et quels que soient les progrès à accomplir, sachez que la recherche progresse et que les thérapies cellulaires constituent une promesse très encourageante pour les années à venir. Mais ne nous voilons pas la face, même si nous espérons un avenir enthousiaste pour ces nouvelles thérapies, il nous faudra certainement encore attendre des années avant de voir apparaître sur le marché des traitements novateurs et réellement efficaces. L’optimisme doit cependant demeurer de rigueur, à défaut de traitements curatifs, des solutions permettant le traitement de la douleur devraient voir le jour dans un futur relativement proche, à l’horizon d’une ou deux années… Ne serait-ce pas déjà un immense pas en avant ?
Nous restons en contact avec les médecins et chercheurs et vous tiendrons bien sûr informés des progrès en cours.

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