Avancées thérapeutiques dans le traitement de l’arthrose : des solutions innovantes !

Avec plus de 10 millions de Français atteints, l’arthrose représente la première cause d’invalidité pour les personnes âgées de plus de 50 ans.
Même si le corps médical dispose actuellement d’un arsenal de traitements thérapeutiques à vous proposer, il n’en reste pas moins vrai que tous sont à visée symptomatique dont l’objectif est de soulager la douleur sans parvenir à en traiter les causes. Vous vous demandez certainement quels sont les progrès de la recherche en la matière et s’il existe de nouveaux traitements ou, tout au moins de nouvelles pistes, laissant espérer une approche plus efficace contre l’arthrose. La réponse est positive ! De nouvelles solutions innovantes sont à l’étude ayant pour objectif une prise en charge des causes de la dégénérescence articulaire et non plus uniquement de ces symptômes.

Deux axes principaux de recherche :

  • Un traitement novateur de type biothérapie, à visée symptomatique : Les anti-NGF.
  • Les traitements chondroprotecteurs utilisant des facteurs de croissance pour stimuler la production de cartilage.

Nouvelle biothérapie de la douleur : les anticorps anti-NGF

L’objectif ciblé de cette nouvelle thérapie est avant tout le contrôle de la douleur, ce qui est rendu possible par le blocage des mécanismes de transmission.
Ces anticorps, dirigés contre un facteur de croissance neuronale, le NGF (initiales de « Nerve Growth Factor »), pourraient bloquer la transmission douloureuse dans l’arthrose avec une promesse d’efficacité spectaculaire.
Selon un rapport de l’académie de médecine du 27 février 2018, les anticorps monoclonaux dirigés contre les NGF, ce facteur de croissance qui se lie à des récepteurs cellulaires et sensibilise les terminaisons nociceptives, sont l’une des grandes avancées thérapeutiques contre la douleur. En bloquant ce NGF, on parvient à briser la chaîne de transmission de la douleur, obtenant, si l’on en croit les dernières études publiées, un effet analgésique performant avec, semble-t-il, une très bonne tolérance.
Le professeur Chevalier cite un essai très récent ayant utilisé le Tanezumab par voie sous-cutanée (injection hebdomadaire de 2,5 à 10 mg) ou par voie intraveineuse de doses identiques, en comparaison à des placebos. Incluant des cas de gonarthroses et de coxarthroses, les résultats présentés à 8 semaines mettent en évidence une efficacité très importante des doses les plus élevées de cet anti-NGF. Autre point positif, les éventuels effets indésirables de ce traitement, les paresthésies et dysesthésies, sont à priori régressifs à l’arrêt du traitement.
Outre les anticorps anti-NGF, de nombreuses molécules devraient arriver sur le marché dans un futur proche, permettant, elles aussi, de casser cette transmission douloureuse de l’arthrose.

Bien que novateur et doué d’une efficacité certaine, il n’en demeure pas moins que ces nouvelles molécules traitent la douleur et non pas ses causes. La question essentielle que se pose les patients est de savoir si ils peuvent avoir un espoir de voir apparaître, à court ou moyen terme, une molécule visant à protéger le cartilage des articulations. Serons-nous prochainement en capacité de proposer un traitement permettant de stopper la maladie ou au moins de la ralentir ?

Les traitements chondroprotecteurs

Derrière ce terme technique quelque peu rébarbatif se cache l’un des espoirs fondamentaux lié à la protection du cartilage.
La chondroprotection se définit en effet comme l’action de certaines substances tendant à renforcer la structure du cartilage afin de le protéger contre une usure prématurée.
Par opposition aux traitements existants de l’arthrose visant tous à traiter la douleur, les traitements chondroprotecteurs incarnent une ambition nouvelle, à savoir, accroître les mécanismes de défense dans un premier temps, avant d’envisager une reconstruction dans un second temps. Vous l’aurez compris, nous évoquons ici la possibilité de ralentir, puis de stopper dans certains cas, l’évolution anatomique de l’arthrose, un objectif qui est en soit une forme de révolution dans la prise en charge de la maladie.
Selon le professeur Chevalier, exerçant au service rhumatologie de l’hôpital Henri Mondor, à Créteil, afin d’appréhender le plus justement possible ces nouveaux procédés, il est nécessaire d’établir une distinction entre, d’une part les situations de pré-arthrose, c’est à dire définie par la présence de lésions cartilagineuses dans un environnement de cartilage sain touchant essentiellement des patients jeunes, et d’autre part, les cas d’arthrose avérée et confirmée par l’outil radiologique, touchant des patients plus âgés.

Concernant le premier cas, à savoir des situations très en amont de l’installation de la maladie, au moment de l’apparition des premières lésions, on va pouvoir effectuer des réparations tissulaires et tenter de reconstituer le cartilage.
L’une des étapes essentielles dans l’histoire de la médecine régénératrice du cartilage, aura été la mise au point de la réparation de lésions focales du cartilage à partir de chondrocytes issus de la cloison nasale. Dans un essai récent, ces biomatériaux cellularisés ont été réimplantés dans les lésions focales du genou chez dix jeunes patients. Avec un recul de deux ans, l’IRM fonctionnelle, servant de mesure d’évaluation du cartilage, a mis en lumière une augmentation significative du contenu en glycosaminoglycane du cartilage nouvellement formé ainsi qu’un remplissage progressif des manques précédemment constatés à ce niveau.

Pour ce qui concerne le second groupe de population, hélas le plus fréquent, à savoir les patients plus âgés atteints d’une arthrose très installée et très évoluée, l’espérance de reconstruction du cartilage est beaucoup moins bonne.
Dans ces situations, il est illusoire de vouloir réparer le cartilage, au mieux il est possible de le stopper avec des facteurs de croissance comme le FGF-18 ou sprifermine administré en intra-articulaire. Mais de quoi s’agit-il ?

FGF-18, un espoir réel de traitement de fond ?

Cette molécule exploite la voie consistant en un apport de facteurs de croissance, dans le but de parvenir à stimuler la production de cartilage, ou à minima à en stopper sa destruction.
Le FGF-18 est un facteur de croissance impliqué dans la croissance, la prolifération et la différenciation des chondrocytes.
Ayant déjà fait l’objet d’études parmi les animaux, en particulier sur le rat et la souris, ces dernières ont démontré l’importance du rôle tenu par le FGF-18 dans le développement osseux ainsi que la réparation des dommages cartilagineux.
Ces résultats prometteurs ont fait du facteur de croissance FGF-18 une cible thérapeutique prometteuse, en cours d’étude chez l’homme actuellement.
Quelques études ont relaté l’efficacité et la tolérance d’injections de sprifermine, une forme synthétique de FGF-18, dans les articulations lésées du genou.
L’une d’elles, en 2016, portait sur des sujets souffrant d’une gonarthrose avancée chez qui une arthroplastie constituait l’indication à court terme.
Ainsi les patients ont-ils reçu une ou plusieurs injections intra-articulaire de sprifermine à différentes doses ou de placebo.
Les résultats mettent en avant une prolifération des chondrocytes induit par les injections de sprifermine ainsi qu’une amélioration des propriétés biomécaniques du cartilage.
En outre, il n’a pas été relevé de problème de tolérance grave lors de cet essai.
La décision fut donc prise de lancer la seconde phase de l’étude, toujours en cours actuellement, mais les premiers résultats sont réellement très encourageants puisqu’il s’agit de la seule molécule à ce jour démontrant un effet structural aussi important, que ce soit à la radiographie ou à l’IRM.
A deux ans, les patients ayant reçu des injections de sprifermine ont une diminution moins importante du cartilage fémorotibial que le groupe placebo.
A trois ans, si on note une perte de l’épaisseur du cartilage pour l’ensemble des sujets, la perte est moins importante dans le groupe de patients ayant reçu de la sprifermine.

L’espoir est donc de mise, d’autant que d’autres thérapies, à visée anabolique, notamment les injections de cellules souches mésenchymateuses, sont en cours d’évaluation avec des résultats prometteurs, qu’il s’agisse d’effets antalgiques ou chondroprotecteurs. Reste cependant à valider ces résultats encourageants par des essais contrôlés au long cours.

D’autres voies de recherche existent, notamment celle consistant à utiliser des molécules existantes, comme les corticoïdes, en améliorant leur durée d’efficacité via de nouveaux transporteurs. Ces transporteurs participent à la stabilité du médicament et donc au final à la durée du vie de ce dernier.

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