Biothérapie et cellules souches, l’innovation en question :

Si l’arthrose touche en France plusieurs millions de personnes à différents stades d’évolution de la maladie, les traitements proposés, qu’il s’agisse d’antalgiques, d’infiltrations de corticoïdes ou qu’ils soient issus de médecines non conventionnelles, visent tous une diminution ou une régulation de la douleur dans le but de retarder une éventuelle intervention chirurgicale, en aucun cas une guérison définitive.

Un traitement de la douleur sans véritable guérison…

L’arthrose se caractérise par l’apparition de douleurs plus ou moins vives, dues à un excès de pression sur le cartilage qui se détériore progressivement sans parvenir à se régénérer et donc à enrayer la dégradation. Des débris de cartilage circulant dans le liquide synovial entraînent alors une inflammation.
Jusqu’à aujourd’hui, les divers traitements s’offrant aux patients ont tous pour objectif de traiter la douleur, sans jamais l’éradiquer.
Devons-nous être fatalistes ou au contraire espérer que la recherche médicale permette un espoir de guérison à un horizon plus ou moins proche ?

De nouvelles pistes de recherches permettent un espoir légitime d’amélioration de la prise en charge.

En premier lieu, il est important de noter que de nos jours nous ne parlons plus d’arthrose, mais des arthroses, de celles liées à l’âge, au facteur de l’obésité ou encore à une maladie de l’articulation…
Une meilleure compréhension des signaux moléculaires entre l’os, le cartilage et le tissu, permettra peut-être dans un futur plus ou moins proche, de disposer de facteurs prédictifs de l’évolution de la maladie, de biomarqueurs qui permettront un traitement individualisé.

Deux pistes principales de recherche sont actuellement à l’étude, les biothérapies à base d’anticorps et l’utilisation des cellules souches.

Nous pourrions tout d’abord définir l’objectif des biothérapies, comme une tentative pour bloquer une molécule dans une maladie.
Lorsqu’on connaît avec précision la molécule incriminée, on fabrique un anticorps qui va bloquer la molécule, c’est le processus que l’on applique dans le traitement de la polyarthrite rhumatoïde. Concernant l’arthrose, la recherche développe une biothérapie symptomatique, c’est-à-dire des anticorps qui agissent contre un facteur de croissance neuronale, le NGF (Nerve Growth Factor), ce sont les anti-NGF.
Selon un rapport de l’académie de médecine du 27 février 2018, la grande avancée thérapeutique concerne les anticorps monoclonaux dirigés contre les NGF, ce facteur de croissance qui se lie à des récepteurs cellulaires et sensibilise les terminaisons nociceptives. Donc en bloquant ce NGF, il est possible de bloquer la transmission douloureuse. Un premier essai randomisé dans la gonarthrose (arthrose du genou) ayant utilisé un anticorps anti-NGF, administré par perfusions espacées de 8 semaines, a mis en évidence un effet antalgique spectaculaire chez 30% des patients traités.
Cependant, des cas d’arthropathies destructives ont été relevés lorsque les doses d’anti-NGF étaient importantes et associées à des anti-inflammatoires non stéroïdiens.
Les essais ont donc repris avec des doses plus faibles d’anti-NGF et sans prise simultanée d’anti-inflammatoires. (Bull. Acad. Natle Méd., 2018,202,nos1-2, 183-194, séance du 27 février 2018)

Le programme d’étude d’anti-NGF poursuit donc son développement prometteur en excluant les patient sous AINS (anti-inflammatoire non stéroïdiens).

Le second axe de recherche, sur lequel la France est relativement en pointe, s’oriente vers les cellules souches. De quoi s’agit-il ?
Alors que l’ensemble des traitements proposés pour traiter l’arthrose est à visée symptomatique, donc ayant uniquement un objectif de réduction de la douleur, la thérapie cellulaire permet quand à elle de reconstruire le cartilage.

Deux possibilités s’offrent à vous.
La première technique consiste à injecter directement dans le genou, comme dans le cas des injections d’Ostenil (acide hyaluronique), des cellules souches mésenchymateuses.
Ce nom scientifique complexe désigne en fait les cellules souches naturellement présentes dans le sang du cordon ombilical ainsi que dans la gelée de Wharton qui entoure le cordon. Ces éléments possèdent la capacité de produire différents types de cellules appartenant aux tissus squelettiques, telles que les cellules cartilagineuses, osseuses ou graisseuses.
Ces cellules mésenchymateuses ont la particularité de posséder des propriétés anti-inflammatoires. Une méta-analyse a pu mettre en évidence une amélioration de la douleur ainsi que des fonctions articulaires à un an, ce qui reste à vérifier dans le cadre d’une étude randomisée, tel que le programme ADIPOA 2 qui va étudier plus de 150 patients en double aveugle sur 25 mois.
Le professeur Christian Jorgensen, chef du service d’immunologie du CHU de Montpellier et coordinateur du programme européen ADIPOA 2, explique que ces cellules ont indirectement la double capacité de régénérer le cartilage et d’induire un processus anti-inflammatoire. Le cartilage altéré et dégradé par l’arthrose, aurait donc la capacité, à travers une régénération, de protéger à nouveau les articulations, évitant de fait, l’ablation de l’articulation et la pose d’une prothèse.

La seconde technique, développée par des chercheurs français à l’université de Strasbourg et l’Institut National de la Santé, consiste à insérer un implant bicouche sur l’articulation lésée. La première couche est constituée d’une membrane de nanofibres contenant des facteurs de croissance, alors que la seconde, qui constitue l’essence même du traitement, pourrait-être décrite comme un hydrogel d’alginates et d’acide hyaluronique contenant des cellules souches issues de la moelle osseuse du patient. La revue « Trends in Biotechnology » du 6 juin 2016, a d’ailleurs fait écho à ce nouveau concept bio médical.
Cette technologie innovante a la particularité, non seulement de réparer le cartilage de l’articulation altérée, mais en outre de régénérer l’os sous-chondral.
Testé avec succès sur des animaux, ce protocole thérapeutique doit désormais être validé sur l’homme.
Si les essais menés sur l’homme devaient-être concluants, nous pourrions alors parler de révolution concernant le traitement de l’arthrose, passant d’une ère de traitements symptomatiques, essentiellement de la douleur, à une ère de traitement réelle et durable de la maladie.

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