Cryothérapie : la promesse de douleurs adoucies

Très en vogue actuellement, la cryothérapie prodigue ses bienfaits par le biais d’une exposition au grand froid, au très grand froid.
Il suffirait en effet d’exposer son corps tout entier à une source de froid extrême durant quelques minutes pour en ressentir les effets bénéfiques, notamment sur les douleurs chroniques. Allergiques aux frimas hivernaux, passez votre chemin ou tentez cette expérience inédite, celle de quitter bonnets, écharpes et charentaises pour subir un choc thermique brutal, dont on nous promet qu’il saura régénérer notre corps et apaiser les douleurs chroniques. Nous faisons le point sur cette technique qui fait froid dans le dos…mais pas uniquement !

Comment fonctionne la cryothérapie du corps entier ?

Si le froid est utilisé localement depuis plus de 2 000 ans à des fins de soulagement de la douleur et de l’inflammation, la cryothérapie décline le concept pour un usage global. L’expérience consiste à soumettre le corps à une température extrême, pouvant descendre jusqu’à -150° en moyenne, pendant 2 à 3 minutes maximum.
Selon le type de matériel utilisé, les températures négatives peuvent s’échelonner entre -80° et -190°.
Pour ce faire, le corps est enfermé dans une cabine diffusant un air extrêmement froid et sec créant un choc thermique brutal ayant un certain nombre de conséquences sur l’organisme .
Dans la pratique, on retrouve deux façons de vivre une expérience de cryothérapie :
• soit en optant pour une cabine individuelle dans laquelle on reste debout et où la tête demeure à l’extérieur de la cabine,
• soit dans les chambres où l’on traverse deux sas intermédiaires, à la façon des hamams, avant de pénétrer dans la pièce ou l’intensité du froid sera la plus forte.

Les effets de la cryothérapie sur notre organisme

Quelle est la réaction de notre organisme lorsqu’il est soumis à ce froid intense ?
Sur le plan fonctionnel, on note un ralentissement du rythme cardiaque ainsi qu’une augmentation de la tension artérielle.
Au niveau de la circulation sanguine, les vaisseaux se contractant au contact du froid et se dilatant lorsque l’on sort de la chambre ou de la cabine, on observe une modification des flux sanguins ainsi qu’une oxygénation des tissus.
Qu’en est-il de l’action sur la douleur ?
Le froid entraînant un ralentissement, voire un arrêt de la conduction nerveuse, les informations de douleur sont moins puisantes et se diffusent moins rapidement au sein de notre organisme. L’effet analgésique du froid soulage les douleurs articulaires et apaise l’oedème en réduisant l’afflux sanguin dans les articulations enflammées.
Les rhumatismes inflammatoires, tels que la spondylarthrite ankylosante ou la polyarthrite rhumatoïde, semblent très réceptifs au traitement par la cryothérapie, puisqu’on relève chez les patients un soulagement important et durable de 3 à 6 mois.
Sur une échelle de la douleur graduée de 1 à 10, en moyenne après traitement par le froid, la note passe de 6,3 à 2,6 entraînant une forte diminution de la consommation d’antalgiques.
Certains médecins soulignent l’importance de séances multiples et rapprochées pour maximiser les bienfaits thérapeutiques. Les rhumatismes inflammatoires nécessitent souvent une prescription de 2 séances par jour durant 5 à 8 jours.

La cryothérapie et la perte de poids

Vous avez pu entendre parler d’un effet amincissant de la cryothérapie, ce qui a peut-être fait naître en vous un espoir si vous avez quelques kilos dont vous souhaiteriez vous délester… un rêve hélas rapidement mis à mal par une étude de l’INSEP (Institut National du sport, de l’expertise et de la performance).
En effet, une expérience, portant sur 14 individus s’étant soumis à une dizaine de séances de cryothérapie, n’a pas pu démontrer la moindre efficacité, que ce soit en terme de poids ou de masse graisseuse… les nutritionnistes ont donc encore de beaux jours devant eux !

La cryothérapie permet-elle de soigner les sportifs ?

Très tendance dans les milieux du sport de haut niveau afin de faciliter la récupération, plusieurs études soulignent des effets sur l’inflammation, les courbatures ou la fatigue.
Ainsi, l’INSEP a pu démontrer, qu’après une course de trail, les participants se soumettant à une cryothérapie sur tout le corps récupèrent de leurs efforts musculaires en une heure contre 24 heures en moyenne pour les coureurs n’ayant pas subi de séance de cryothérapie.

Une étude de la Collaboration Cochrane datant de 2015 a mis en exergue une efficacité de la cryothérapie uniquement limitée aux bienfaits musculaires.
Ainsi l’organisation Cochrane note-t-elle quelques éléments de preuve permettant de souligner une réduction des courbatures entre 1 heure et 24 heures après l’exercice effectué. Néanmoins, ces données, de faible qualité pour certaines, peuvent également englober l’éventualité que la cryothérapie puisse ne prodiguer aucun bienfait, voir même aggraver la douleur.

La conclusion est dès lors évidente. Les éléments de preuve sont donc insuffisants pour affirmer que la cryothérapie corps entier réduit les courbatures ou améliore la récupération par rapport à un repos passif.

Les effets de la cryothérapie suite à une blessure

Après un traumatisme, la cryothérapie peut éventuellement aider chacun d’entre nous en facilitant la rééducation. Ainsi évoque-t-on un certain bénéfice dans le traitement des entorses, tendinites ou claquages.
En chirurgie, le délai de cicatrisation peut également être optimisé après une intervention, notamment grâce à l’afflux sanguin. 5 à 6 séances sont alors recommandées.

Contre-indications ou effets secondaires de la cryothérapie

Avant de vous confronter à un froid plus intense que le froid polaire, vous devrez remplir un questionnaire afin de vérifier l’absence de contre-indications comme de l’hypertension artérielle, des problèmes cardiaques, respiratoires ou circulatoires graves, de l’asthme ou un état de grossesse…
Les effets bénéfiques pourront se faire sentir après une immersion de 1 minute trente à 3 minutes au coeur de ces températures où vous n’aviez jamais vu le mercure descendre aussi bas.
Ce laps de temps approximatif de 3 minutes est nécessaire pour que notre cerveau assimile que notre corps se trouve exposé à un danger, ce qui se traduit par les réactions soulignées précédemment dans cet article. Outre la sécrétion de molécules anti-inflammatoires et la modification du flux sanguin, une séance de cryothérapie entraîne également la production d’endorphines ayant des effets bénéfiques sur notre sommeil, notre stress ou encore notre anxiété.

Néanmoins, en 2019, un sénateur souhaita attirer l’attention du gouvernement et du ministre de la santé, en particulier sur le fait que la cryothérapie n’étant pas encadrée légalement parlant, les praticiens n’étaient pas dans l’obligation de déclarer les problèmes rencontrés et n’étaient donc pas contrôlés ou sanctionnés le cas échéant.
Le sénateur précisait, pour appuyer ses dires, qu’aucune formation officielle n’était délivrée aux différents praticiens.

Les chercheurs précisent que la cryothérapie ne peut en aucun cas se prévaloir d’une quelconque efficacité dans le traitement des cancers ou d’autres pathologies sévères.

Plus globalement, des effets secondaires importants ont pu être rapportés s’agissant de brûlures locales, de maux de tête, d’intolérances digestives ou encore d’urticaire chronique lié au froid. Il faut également relever un cas grave de dissection aortique décelé après seulement 5 séances, même si les indices sont insuffisants pour permettre de démontrer ou d’infirmer le lien de causalité avec la cryothérapie.

Dans un rapport de juillet 2018, la Haute Autorité de santé (HAS) insiste sur la nécessité de mieux étudier et évaluer la cryothérapie corps entier afin d’en préciser les conditions d’utilisation (durée, intensité, fréquence…). Elle conclut sur la priorisation de la sécurité de la personne ayant recours à cette pratique en réclamant un meilleur encadrement de la part des autorités de santé. La difficulté réside dans le fait, qu’en fonction du lieu et du contexte dans lequel les cabines sont utilisées, les contrôles s’appliquent différemment. Dans le domaine du bien-être, de l’esthétique ou de la récupération sportive, les contrôles ne s’effectuent pas de la même façon que pour tout ce qui touche le domaine thérapeutique, puisqu’il s’agit alors d’un dispositif médical.

Combien coûte une séance de cryothérapie ?

Précisons d’emblée que la sécurité sociale ne prend pas en charge les séances de cryothérapie. Certaines mutuelles peuvent néanmoins participer à une partie du coût.
Le prix d’une séance oscille entre 40 et 60 euros.

Rappelons à toutes fins utiles qu’il est absolument nécessaire d’en parler à votre médecin traitant si vous avez pour projet de tenter l’expérience du grand froid.

Quelques précautions avant une séance de cryothérapie corps entier

Au contact d’un froid aussi intense, il est bien évident que vous devrez ôter vos bijoux, vos piercings ou vos lentilles de contact.
Eviter de pratique un sport juste avant de pénétrer dans la cabine ou dans la chambre, ceci afin d’éviter l’humidité liée à la transpiration.
Vous protégerez enfin les extrémités de votre corps en portant des gants, des chaussettes, un bandeau…

A la sortie de la cabine, en retrouvant une atmosphère plus compatible avec la vie humaine, prenez le temps de vous reposer un moment afin de profiter des bienfaits latents…

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