Jacques Forestier, rhumatologue de renom et médaillé olympique

Une tête bien faite dans un corps bien fait

Jacques Forestier, né le 27 juillet 1890 à Aix-les-Bains et mort à Paris le 17 mars 1978, était tout à la fois : rhumatologue de renommée internationale, certainement le plus grand de sa génération, et sportif de haut niveau, médaillé olympique d’argent avec l’équipe de France de rugby à XV à Anvers en 1920.

Evoluant au poste de pilier droit, il participera également à une rencontre du tournoi des cinq nations en 1912. Sur le plan national, il sera finaliste du championnat de France de rugby à XV pendant la saison 1912-1913 avec son club, le Sporting Club universitaire de France rugby (le SCUF). De nos jours, un stade omnisports situé à Aix-les-Bains porte son nom.

Ayant effectué ses études de médecine à Paris, il sera ensuite interne des hôpitaux de Paris en 1919 avant d’obtenir un poste à l’hôpital Cochin où il s’orientera vers la rhumatologie.

La médaille de la Croix de guerre 1914-1918, reçue pour son courage en tant que médecin-major, parachève le portrait d’un homme hors normes, aussi bien physiquement qu’intellectuellement.

Jacques Forestier dit Docteur Lipiodol

C’est après le premier conflit mondial de 14-18, lors de son internat à l’Assistance Publique de Paris, qu’il acquiert une renommée internationale en mettant au point le radiodiagnostic par le Lipiodol et en décrivant les premières opacifications radiologiques.
Cette méthode a permis un repérage précis de compression médullaire (déformation de la moelle spinale due à un hématome, une tumeur ou encore une hernie discale) et fut utilisée dès lors par l’ensemble des neurochirurgiens jusqu’à l’avènement récent du scanner et de l’IRM. Jacques Forestier appliquera ultérieurement cette méthode au radiodiagnostic de l’appareil bronchique, à l’urètre, aux veines et au système artériel.

Invité aux Etats-Unis durant trois mois par la Société Américaine de Radiologie, il connaîtra un succès considérable en présentant sa méthode dans les grands centres médicaux américains.

Dès 1928, il participe avec son père Henri à la fondation de la ligue internationale contre le rhumatisme ainsi qu’à la Société Française de Rhumatologie.
Dans le même laps de temps, le docteur Forestier s’installe à Aix les Bains pour prendre la succession de son père, médecin thermal renommé.
Considéré comme l’un des pionniers de la rhumatologie, il fonde la première consultation de rhumatologie à l’hôpital Cochin accompagné de F. Coste et J. Lacapere.

Les recherches et découvertes se succèdent

Le 1er mars 1929, le traitement de la polyarthrite rhumatoïde par les sels d’or est présenté à la tribune de la Société Médicale des Hôpitaux de Paris, communication historique à laquelle fait suite un article dans la revue scientifique Lancet le 27 février 1932.
L’efficacité de ce traitement démontre une amélioration significative des signes et de l’évolution de la maladie, à tel point qu’il se généralise en Europe et qu’il sera largement utilisé dans le monde jusqu’à la fin des années 80 ; il sera supplanté progressivement par le traitement corticoïdes symptomatique et le méthotrexate.

En 1931, dans une série d’articles parus dans la revue scientifique, La Presse Médicale, il met en évidence, grâce à la vitesse de sédimentation globulaire, les rhumatismes inflammatoires qui comprennent les arthrites ainsi que les rhumatismes dégénératifs, qualifiés « d’arthroses », un terme d’origine allemande.

1934 sera l’année du diagnostic précoce de la spondylarthrite ankylosante grâce à la radiographie des sacro-iliaques (articulations entre les os du bassin et le sacrum).

En 1953, il établit l’existence dans la pathologie du rachis, à côté de l’arthrose et de la dégénérescence discale, de l’hyperostose sénile observée chez des sujets athlétiques.
Cette pathologie portera le nom de maladie de Forestier.

En 1955 il décrira la pseudo-polyarthrite rhizomélique, appelée par certain de ses élèves, la seconde maladie de Forestier. Il s’agit en fait d’une maladie inflammatoire des personnes âgées, apparentée à l’artérite temporale de Horton.

Jacques Forestier, un grand clinicien et pédagogue (sources : Association amicale des Anciens internes en Médecine des Hôpitaux de Paris)

Parfois méfiant au regard des doctrines officielles, curieux et attiré par la nouveauté, il était également un excellent anatomiste et pédagogue.
Parlant couramment l’anglais et l’allemand, sans compter le français, sa langue maternelle, il s’adressait à ses patients le plus souvent dans leur langue en les interpellant par leur nom, voir leur prénom, son contact était donc très intimiste et chaleureux.
Le rendez-vous commençait toujours par un long entretien durant lequel il s’enquérait des symptômes ressentis ainsi que de leur évolution, des diagnostics précédemment établis par ses confrères ainsi que des traitements prescrits.
S’en suivait un examen manuel, non seulement des zones douloureuses mais également de l’ensemble de la structure corporelle, y compris les zones non mises en cause.
Enfin un troisième et dernier temps était consacré à l’examen attentif des documents radiologiques et biologiques.
Des examens qui peuvent paraître banals mais qui étaient consignés par écrit sur des fiches de couleur différente pour les résultats de l’interrogatoire et de l’examen manuel, pour le compte-rendu radiologique et les traitements thermaux ou pas.
Les résultats étaient relevés de façon standardisée, mesurés très précisément, en degrés pour les limitations du jeu articulaire. Ce processus d’examen très codifié était répété à chaque visite du patient, dix ou vingt jours plus tard durant le séjour à Aix les Bains, ainsi que pendant toutes les années à venir.
Méticuleux dans ses relevés, le docteur Forestier était également un travailleur très assidu avec des journées de consultation commençant à 7H00 du matin pour fréquemment se terminer après 21H00.

En conclusion de cette présentation de l’un des pères de la rhumatologie, nous pourrions citer son biographe Jacques Arlet : «  Jacques Forestier faisait avec un égal bonheur trois choses à la fois : soigner, enseigner, chercher, avant la loi Robert Debré et sans les universités ».

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