Les infiltrations en rhumatologie

Episode 1 : Préambule

Ce chapitre ouvre une série consacrée aux infiltrations en rhumatologie, appelées aussi rhumatologie interventionnelle.
La rhumatologie interventionnelle est en développement permanent.
J’aborderai, au fil des semaines et des mois à venir, différents thèmes de rhumatologie interventionnelle comme les infiltrations intra-articulaires avec les particularités en fonction des articulations, les infiltrations péri-articulaires (autour des articulations), les infiltrations péri-tendineuses (autour des tendons)… Je vous présenterai les différentes substances pharmacologiques utilisées. L’arthrose sera bien évidemment la pathologie centrale de cette rubrique, mais je vous expliquerai aussi l’intérêt des infiltrations dans d’autres atteintes comme par exemple les tendinopathies…

Définitions

Pour débuter cet exposé, je vous rappelle quelques définitions utiles pour votre bonne compréhension, même si certaines notions ont déjà été expliquées dans une autre rubrique (Infiltrations de corticoïdes, que faut-il en attendre ?).

Ponction : intervention consistant à prélever ou à évacuer du liquide, du tissu ou des cellules dans une partie du corps humain.
Infiltration : intervention consistant à injecter une substance pharmacologique dans la zone à traiter.

Souvent la ponction et l’infiltration se font avec la même aiguille, donc on ne pique qu’une seule fois !

Idée reçue

Plusieurs fois des patients m’ont dit : « Docteur, je ne veux pas d’infiltration car quand on commence, on est obligé d’en refaire régulièrement… » ou « Docteur, je ne veux pas devenir dépendant aux infiltrations ».
Je ne sais pas d’où vient cette fausse croyance. Je vous rassure de suite, il n’y a aucun risque de dépendance à une infiltration ! Une infiltration est un acte ponctuel, consistant à injecter une quantité la plus faible possible de substance active dans la zone malade, dans le but d’accélérer la guérison et de limiter les effets secondaires de médicaments pris à plus forte dose par voie orale. Généralement une seule infiltration suffit. Dans certaines lésions ou maladies, plusieurs infiltrations peuvent être préconisées mais la balance bénéfice risque est toujours réévaluée entre deux gestes.
L’arthrose est une maladie chronique et évolutive. L’infiltration fait partie de l’arsenal thérapeutique à disposition actuellement. Les infiltrations d’acide hyaluronique (viscosupplémentation) et/ou de PRP sont plus fréquemment utilisées que la cortisone.
Les viscosupplémentations étaient initialement destinées à traiter l’articulation du genou (gonarthrose = arthrose du genou). A présent, l’acide hyaluronique est utilisé dans quasiment toutes les articulations et même autour des tendons. La viscosupplémentation, dans le traitement de l’arthrose, est répétée à intervalle plus ou moins régulier selon la durée d’efficacité mais il n’y a aucune obligation de refaire une injection si vous ne le souhaitez pas. Je vous le redis, vous n’avez aucun risque de devenir « infiltration-addict » !

Objectifs d’une infiltration

• Avoir une concentration locale maximale de substance active.
• Traiter, soulager ou guérir une inflammation ou une pathologie locale.
• Eviter ou réduire les Anti Inflammatoires Non Stéroïdiens (AINS) ou les antalgiques

Les risques d’une infiltration

• En cas d’infiltration de cortisone, les risques de complications seront ceux de la corticothérapie générale (ex : hypertension artérielle, hyperglycémie, décompensation d’un diabète, flush (bouffée de chaleur, rougeur du visage), atrophie cutanée, etc…).
• Infection : complication rare (1/40 000) mais potentiellement grave.
• Saignement, hématome, ecchymose
• Douleur
• Allergie
• Gonflement de l’articulation, réaction inflammatoire
• Rupture tendineuse (pour les infiltrations autour des tendons)
• Dégradation du cartilage (surtout en cas d’infiltrations multiples au sein d’une même articulation)
• Complication neurologique (pour les infiltrations de la colonne vertébrale)

Procédure d’infiltration

La première étape est la consultation pré-infiltration. Les objectifs de ce rendez-vous sont multiples et essentiels pour le bon déroulement de l’infiltration. Le médecin, qui pratiquera l’infiltration, va établir son diagnostic, contrôler les résultats de vos examens, faire si nécessaire d’autres imageries comme une échographie dans le but de définir la technique, de s’assurer de la faisabilité de l’infiltration et de l’absence de contre-indication. Il vous expliquera le déroulement du geste, le bénéfice attendu, les complications possibles et les précautions à prendre avant, pendant et après le geste. Cette consultation est médico-légale. Même si certains d’entre vous râlent car je ne fais pas l’infiltration lors du premier rendez-vous et ont l’impression de perdre du temps, cette consultation est primordiale pour optimiser l’efficacité et pour prévenir les complications.

Une ponction ou une infiltration commence toujours par le bon positionnement du patient et par une asepsie rigoureuse (lavage des mains, préparation du matériel (image 1), désinfection de la zone à traiter). L’infiltration peut être réalisée à l’aide de repère anatomique, de l’échographie (image 2), de la radiographie, du scanner ou de l’IRM. Les particularités des infiltrations selon la zone à traiter seront abordées dans les rubriques correspondantes. L’infiltration se termine en principe par la pose d’un pansement et par un rappel des consignes post-infiltration. Un repos de 24 à 48h est généralement préconisé.

Conclusion

Une ponction/infiltration fait partie de l’arsenal thérapeutique du rhumatologue pour le traitement de l’arthrose (et d’autres maladies). Cette technique de traitement – pour reprendre les mots d’un de mes Maîtres – n’est pas un jeu. Elle nécessite une expérience, une expertise et des compétences du praticien. Les infiltrations sont efficaces et le seront d’autant plus si elles sont associées à l’activité physique et à la rééducation (ou auto-rééducation).

Dr Aurélie Sicaud – Médecin Rhumatologue

Image 1 : Exemple de matériels d’infiltration (non exhaustif) : gants stériles, aiguilles, housse d’échographie stérile, élastiques pour housse, gel d’échographie stérile, seringues sèches, compresses, adhésif, seringue avec la substance active.
Image 2 : Infiltration échoguidée de la bourse sous acromiale pour le traitement d’une tendinopathie de la coiffe de l’épaule.

Cet article vous a-t-il plu ?

Vote pris en compte : 5 / 5. Vote : 2