L’acide hyaluronique à la loupe

Bien que de nombreuses recherches très encourageantes soient en cours afin de proposer des solutions innovantes au regard de l’arthrose, l’intégralité des traitements actuels sont à visée symptomatique, cherchant essentiellement à soulager la douleur tout en améliorant la mobilité articulaire.
Parmi l’arsenal thérapeutique mis à disposition des médecins, les injections d’acide hyaluronique se présentent tel un dispositif phare pour lutter contre la douleur, limiter voir supprimer l’ingestion d’anti-inflammatoires dont on connaît les effets secondaires néfastes sur l’organisme et repousser la pose éventuelle d’une prothèse.

Nous vous avions exposé dans un précédent article, les généralités sur ce traitement en termes de bénéfices, d’efficacité, notamment pour les patients souffrant de gonarthrose et de modalités d’administration.

Mais savez-vous qu’il existe différents types d’acide hyaluronique ? Les notions de poids moléculaire, de réticulation ou encore d’origine, qu’elle soit aviaire ou de fermentation, vous sont-elles familières ? Certaines formulations d’acide hyaluronique sont-elles plus efficaces que d’autres ?

Nous allons vous faire pénétrer dans les arcanes de ces injections d’acide hyaluronique dont le nom est très souvent évoqué sans vraiment savoir de quoi il s’agit.
Quelle est l’efficacité réelle, quelles sont les articulations concernées et les différences entre des produits affichant des caractéristiques et des coûts très dissemblables.
Suivez le guide !

Les effets et bénéfices des injections d’acide hyaluronique

Notons tout d’abord que l’acide hyaluronique est un composant naturel important de notre organisme, présent à des concentrations différentes dans le cartilage, le liquide synovial des articulations, la salive, la peau, l’oeil, le plasma sanguin, la plèvre ou encore le cordon ombilical.
Un chiffre permet de mieux évaluer l’importance de son omniprésence dans notre corps, puisqu’on estime que le poids total d’acide hyaluronique chez un adulte de 70 kg est compris entre 11 et 17 grammes répartis entre la peau et le système musculo-squelettique.

Au niveau de l’articulation, nous devons distinguer différents effets bénéfiques que nous pouvons détailler comme suit :

Un effet mécanique

Le poids moléculaire élevé de l’acide hyaluronique injecté au sein de l’articulation, permet au liquide synovial de retrouver son élasto-viscosité. C’est précisément cette caractéristique qui est à l’origine des propriétés de lubrification et d’élasticité permettant à nos articulations de résister au poids, de permettre le mouvement et d’absorber les chocs.
Un effet anti-douleur
Les récepteurs nociceptifs localisés dans la membrane synoviale, qui permettent au système nerveux central d’émettre une alarme sous la forme de stimulus douloureux, sont de nouveau protégés par l’apport d’acide hyaluronique ce qui prévient l’apparition de la douleur.

Un effet anti-inflammatoire

Plusieurs réactions se produisent lors d’une injection d’acide hyaluronique.
Outre une diminution du taux des prostaglandines du liquide synovial à l’origine de l’inflammation, on constate l’activation de polynucléaires qui sont l’un des constituants de la défense de l’organisme. Enfin certains enzymes de destruction du cartilage sont inhibés par l’acide hyaluronique qui, dans certains cas, permettra également à l’articulation de produire elle-même de nouveau de l’acide hyaluronique.

Un effet biologique

Le pouvoir d’absorption de l’eau transforme la molécule d’acide hyaluronique en un gel hydrophile, permettant une fonction de régulation dans les échanges et le transport des nutriments essentiels à la vie du cartilage.

De nombreuses études scientifiques ont établi la preuve de l’efficacité des injections d’acide hyaluronique dans certaines pathologies arthrosiques comme la gonarthrose ou arthrose du genou. Les bénéfices cliniques débutent en moyenne 2 à 4 semaines après la première injection et peuvent se prolonger de 6 mois à 1 an, voir au-delà dans certains cas. Les injections d’acide hyaluronique, également nommées viscosupplémentation, font ainsi partie intégrante des recommandations de l’EULAR (Ligue Européenne Contre le Rhumatisme) dans le traitement de la gonarthrose.

De ces différents effets, nous pouvons tirer la conclusion que le bon fonctionnement de l’articulation dépend principalement de la concentration et du poids moléculaire de l’acide hyaluronique.

Origine, poids moléculaire et structure de l’acide hyaluronique

On compte actuellement à disposition des praticiens, une trentaine de spécialités d’acide hyaluronique, comprenez environ 30 produits commercialisés sous des appellations différentes, avec des caractéristiques et des prix différents. Nous allons étudier les différences notables de caractéristiques et nous intéresser aux résultats attendus ou espérés.

Origine de l’acide hyaluronique

Deux modes de production distincts coexistent concernant l’acide hyaluronique.
Il peut s’agir d’une origine aviaire ou issue de bio fermentation. Mais de quoi s’agit-il précisément ?

Extraction à partir de tissus d’origine animale (sources : la Revue de mésothérapie)
Les deux sources utilisées sont les crêtes de coq et les cordons ombilicaux selon un protocole bien établi :
– dégraissage à l’aide d’un solvant,
– digestion enzymatique ou chimique,
– purification,
– plongée dans un solvant organique,
– filtration, séchage et broyage.

Fabrication à partir de fermentation bactérienne
– mise en culture d’une bactérie non pathogène pour l’homme, Streptococcus equi,
– fermentation par un bactéricide puis stérilisation,
– récupération de l’acide hyaluronique déposé sur les parois cellulaires,
– filtration,
– purification du polymère par dialyse et concentration,
– conditionnement de l’acide hyaluronique sous forme liquide.

Suite aux épisodes de la vache folle et de la grippe aviaire, les rumeurs suspectant, à tord, une possible transmission du virus H5N1 à l’homme, ont vu les laboratoires se tourner vers la production biosynthétique de l’acide hyaluronique, sans controverse possible.

Poids moléculaire et structure

Les différences principales, entre les différents produits présents sur le marché, dépendent pour l’essentiel de leur poids moléculaire et de leur structure.
Le poids moléculaire est exprimé en millions de Dalton ou mD et les différents produits proposés comprennent entre 0,5 et 90 millions de mD.

La majorité des acides hyaluroniques se présente sous la forme de solution alors qu’une minorité est sous forme de gel, ces derniers étant obtenus par un procédé de réticulation.
Quels sont les différences entre ces deux types d’acide hyaluronique ?

Les acides hyaluroniques biphasiques ou non réticulés
Ces produits non réticulés contiennent des particules d’acide hyaluronique en suspension qui ne sont pas liées entre elles. Facile à injecter, cet acide hyaluronique de poids moléculaire faible ou moyen, à un passage plus rapide au coeur de l’articulation.

Les monophoniques ou acides hyaluroniques réticulés
Un acide hyaluronique est dit réticulé lorsque les molécules sont unies entre elles ou chaînées ce qui permet d’obtenir un poids moléculaire plus élevé permettant un passage plus lent au sein de l’articulation.

Mécanisme d’action et demi-vie

Le mode d’action de l’acide hyaluronique injecté dans les articulations laisse à penser qu’il existe un paradoxe entre les effets bénéfiques clairement établis et le temps de passage relativement court du produit dans l’articulation que l’on peut évaluer en calculant « sa demi-vie ». De quoi s’agit-il ?

La demi-vie exprime le temps nécessaire à la disparition de la moitié du produit dans l’organisme après l’injection. Cette durée varie globalement entre 9 heures pour les produits ayant une faible masse moléculaire, à presque 9 jours pour ceux ayant le poids moléculaire le plus élevé.

Existe t-il une notion d’efficacité supérieure d’un produit à haut poids moléculaire ?

A la lueur de ces indications chiffrées, pouvons-nous conclure que les produits à haut poids moléculaire sont plus efficaces que ceux ayant un poids moindre et ce, sans considération du prix de vente, en général beaucoup plus onéreux pour les produits à l’indice de poids moléculaire élevé ?

Les travaux des scientifiques ne sont pas unanimes à ce sujet, certains établissant un léger avantage aux produits réticulés, d’autre ne constatant aucune différence.
Ainsi, l’étude d’origine suisse dénommée SVISCOT-1 publiée en 2007 comparait de façon très sérieuse (une étude randomisée et multicentriques) 3 produits de poids moléculaire différents, à savoir faible, moyen et élevé. Cette étude, portant sur 660 patients souffrant de gonarthrose de stade radiologique supérieur ou égal à 2, avait pour critère principal, la mesure de la douleur.
Les résultats de cette étude à 3 mois puis à 6 mois, ne permettent pas d’indiquer de différences notables entre ces 3 acides hyaluroniques, rappelons le, de poids moléculaire différents, réticulés ou non.

Détermination des profils de « bons répondeurs »

Des médecins et chercheurs, notamment le Dr Laurent Grange, président de l’AFLAR (Association Française de Lutte Anti Rhumatismale), mènent actuellement des études sur la prédiction en amont de profils de « bons répondeurs ». Il s’agirait en fait d’avoir la faculté de déterminer quels seront les patients qui répondront favorablement aux injections d’acide hyaluronique, sachant qu’actuellement, pour une pathologie identique, certains patients répondent très positivement aux injections alors que d’autres n’y trouvent aucun bénéfice.

Ceci étant, il est important de mettre en exergue le taux très important de réponses favorables qui se situe entre 70 et 80% des patients traités.

Statut législatif de l’acide hyaluronique

La presque totalité des produits disponibles sur le marché sont classés dans la catégorie des dispositifs médicaux et doivent obéir aux normes définies dans le code de la santé publique. La commercialisation au sein de la communauté européenne impose une fabrication respectant tout à la fois les directives européennes, les normes européennes EN46001 ainsi que les normes internationales ISO 9001 et ISO 13485.
Enfin le marquage CE garantit la qualité et la technique de fabrication.

Nous tenions à remercier le laboratoire TRB situé en Suisse, pour nous avoir ouvert les portes de son usine de fabrication d’Ostenil dont vous pourrez voir la présentation via la vidéo insérée dans cet article.

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